Apprendre à s’émerveiller du vivant
Un escargot qui avance lentement sur un muret. Une fourmi qui transporte quelque chose de bien plus gros qu’elle. Une graine accrochée à une chaussette après une promenade. Une plume trouvée au sol… En balade, des questions émergent rapidement dans la tête des enfants !
« Dis, il va où l’escargot ? »
« Mais comment la fourmi arrive à porter ça ? »
« Ah !! Pourquoi cette graine s’est accrochée à moi ? »
J’aime beaucoup ces petites questions, car elles reflètent cette envie de comprendre si naturelle chez les enfants, et elles sont aussi la porte vers de grandes découvertes scientifiques !
Un enfant suit sa curiosité… Qu’y a t-il dans ce tronc d’arbre…? Photo de Joshua Earle sur Unsplash.
On pourrait bien sûr donner immédiatement la réponse à leur question, expliquer comment certaines graines se dispersent ou pourquoi les fourmis sont capables de transporter des charges impressionnantes. Mais ce qui m’intéresse beaucoup plus, c’est de voir les enfants chercher !
Observer, se poser une question, chercher un indice, imaginer une réponse et se rendre compte qu’elle n’était peut-être pas tout à fait juste. Alors en proposer une autre !
Pas-à-pas, l’enfant construit son raisonnement. Il a une propension naturelle à s’interroger et à analyser, mais cette curiosité mérite, à mes yeux, d’être entretenue.
C’est cette démarche de chercheur que j’aime particulièrement favoriser chez les enfants, et j’ai à cœur de les aider à développer leur esprit critique, et à aller au-delà de leurs premières observations.
S’émerveiller devant la complexité de la nature
Découvrir la nature peut bien sûr commencer par apprendre le nom d’un animal ou reconnaître une plante. Mais très vite, notre curiosité peut nous emmener bien plus loin : comment cette espèce vit-elle, quels sont ses besoins, avec qui interagit-elle ? Ou encore, pourquoi est-elle ici, dans cet environnement précis? Comment parvient-elle à faire face aux contraintes de son environnement ? C’est là le cœur de l’écologie scientifique. Et plus on cherche à comprendre, plus le vivant devient passionnant !
En écologie, on s’attache à comprendre les liens entre les êtres vivants et avec leur environnement. Ainsi, un élément naturel auquel nous ne prêtons parfois même plus attention à l’âge adulte peut remplir le formidable réservoir de curiosité des enfants (même si certains adultes restent très curieux aussi bien sûr !).
Par exemple, une feuille morte devient une ressource pour toute une multitude d’organismes qui vont peu à peu la transformer. La forme d’une fleur, son odeur, la période à laquelle elle fleurit peuvent nous raconter une partie de son histoire et de ses relations avec les animaux qui viennent la visiter. Même une petite graine peut cacher une incroyable stratégie pour voyager, attendre le bon moment pour germer et, peut-être, donner naissance à une nouvelle plante loin de celle dont elle provient !
Une fois que l’on commence à chercher ces liens, ces connexions entre les êtres vivants, les découvertes peuvent être infinies !
La nature se découvre de 1000 manières !
Cette curiosité peut facilement naître dehors, devant un insecte ou une trace laissée dans la terre. Mais elle peut aussi apparaître devant une expérience, une photographie, ou encore les indices d’une enquête.
Pour apprendre à connaître le vivant, il n’est pas toujours nécessaire de l’avoir directement sous les yeux. Comparer deux situations, repérer des différences, relier plusieurs informations et travailler sur leur interprétation… Tous les formats sont possibles pour apprendre sur la nature ! Manipulation, expérience, jeu, enquête, discussion... Les formats changent, mais l’objectif pédagogique reste le même : amener les enfants à réfléchir à ce qu’ils observent et à chercher eux-mêmes ce que cela peut nous apprendre sur le vivant, même en intérieur.
Ainsi, quand l’enfant arrive à ses conclusions, grâce à une démarche guidée, et acquiert de nouvelles connaissances, j’ai la conviction, soutenue par de nombreux travaux sur l’apprentissage, qu’elles peuvent s’ancrer plus durablement dans le temps car l’enfant les a lui-même “démontrées” (à son niveau) ou a participé au raisonnement qui lui a permis de parvenir à ces connaissances !
Découvrir le vivant… avec douceur
Observer la nature, c’est aussi apprendre à la respecter. Notre curiosité peut nous pousser à nous approcher, à regarder de plus près, à vouloir comprendre… mais cette envie de découvrir ne doit pas se faire au détriment du vivant.
Soulever une pierre, par exemple, peut révéler tout un petit monde que l’on n’aurait jamais soupçonné et qui peut beaucoup nous apprendre. Mais après notre phase d’observation, il est important de la reposer doucement, exactement là où elle était, pour redonner à ce petit monde son espace et sa tranquillité.
Par ailleurs, observer un insecte ne signifie pas forcément devoir le capturer ou le manipuler. En regardant attentivement son comportement, sa façon de se déplacer ou l’endroit où il se trouve, on peut déjà apprendre énormément ! Et face à un animal sauvage, savoir observer signifie aussi savoir rester à distance. Respecter son espace, être attentif à ses réactions envers nous, et accepter de ne pas s’approcher davantage si notre présence commence à le déranger.
Nous pouvons observer le vivant, essayer de le comprendre et nous émerveiller devant lui, tout en restant attentifs à l’impact de notre présence. Cette démarche respectueuse compte pour moi tout autant que les connaissances scientifiques que l’on peut acquérir au cours de ces observations.
Les guêpes sont aussi des pollinisateurs. Photo de Wolfgang Hasselmann sur Unsplash.
Comprendre pour avoir envie de prendre soin
Je suis convaincue que l’on ne peut pas demander à un enfant d’avoir envie de protéger quelque chose qui reste abstrait pour lui.
À l’inverse, apprendre à connaître le vivant peut progressivement transformer notre façon de le regarder. Par exemple, les guêpes ne sont pas toujours les bienvenues dans notre société. Pourtant, lorsqu’on découvre leur participation à la pollinisation et leurs rôles dans les réseaux trophiques, on peut les voir autrement qu’uniquement comme des insectes qui sont capables de nous piquer.
De la même façon, les écosystèmes peuvent nous surprendre. Les tourbières, milieux encore assez méconnus et parfois peu considérées, jouent un rôle important dans le cycle de l’eau, stockent de grandes quantités de carbone et abritent de nombreuses espèces, dont certaines ne vivent que dans ces habitats particuliers.
Ainsi, plus on cherche à comprendre le fonctionnement des écosystèmes, et plus on découvre leur richesse et la multitude de relations qui relient les espèces entre elles et à leur environnement.
Cela étant dit, on n’est pas obligé pour autant d’aimer toutes les espèces de cette Terre ! On peut avoir peur des araignées ou ne pas vouloir laisser les rats s’installer dans notre appartement. Mais on peut apprendre à leur laisser une place dans la nature, coexister, et respecter leur rôle dans les écosystèmes.
Et chez certains, cette connaissance fera peut-être naître l’envie d’aller plus loin et de les protéger.
Tout cela me paraît bien plus facile quand on a déjà appris à comprendre le vivant !
Et nous en arrivons aux fondements de la Blob Académie : la curiosité nous donne envie de chercher, la connaissance transforme notre regard, et l’émerveillement qui en découle peut faire naître l’envie de prendre soin du vivant.
À bientôt !
Delphine, de la Blob Académie. ꊶ
Références:
Bertsch, S., Pesta, B. J., Wiscott, R., & McDaniel, M. A. (2007). The generation effect: A meta-analytic review. Memory & cognition, 35(2), 201-210.
Page, S. E., & Baird, A. J. (2016). Peatlands and global change: response and resilience. Annual review of environment and resources, 41, 35-57.
Pereira, R. A. S. (2025). Wasp pollination: mechanisms, evolution and ecological significance in neglected pollinator groups. Journal of Applied Entomology, 149(6), 866-881.
Tirard, C., Abbadie, L., & Loeuille, N. (2021). Introduction à l'écologie. Dunod.
Sitographie :
https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/0022096583900437?utm_source=chatgpt.com
https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC3642217/?utm_source=chatgpt.com
https://journals.sagepub.com/doi/10.3102/0034654315627366?utm_source=chatgpt.com

