Au fait … Qu’est-ce que l’écologie?
Quand je dis que je travaille en écologie, chacun se fait assez vite une idée de ce que cela signifie. On pense au changement climatique, au tri des déchets, aux pesticides, à notre alimentation, à l’ensemble de pratiques qui visent à un meilleur équilibre entre la nature et l’Homme… Pourtant, ce n’est pas tout à fait ce que ce mot désignait à l’origine !
Une mésange bleue, sa chenille au bec !
Photo de Vincent van Zalinge sur Unsplash.
L’écologie est avant tout une science. Le terme apparaît au XIXe siècle, sous la plume du biologiste allemand Ernst Haeckel.
L’écologie désigne alors l’étude des relations que les êtres vivants entretiennent entre eux et avec leur environnement. L’écologie est une des disciplines de la biologie. Au même titre que toutes les sciences, elle repose sur des méthodologies vérifiables, et elle est pratiquée par de nombreux scientifiques à travers le monde.
Mais sur quoi travaillent-ils, ces scientifiques ?
Eh bien par exemple, on a observé que le Gypaète barbu parvient à se reproduire avec davantage de succès dans certains secteurs des Pyrénées que dans d’autres. Mais pourquoi donc ? L’écologue va pouvoir se pencher sur la question !
Ou bien pourquoi les populations de Campagnols terrestres peuvent augmenter spectaculairement pendant quelques années avant de s’effondrer.
Comment deux espèces parviennent-elles à vivre au même endroit, alors qu’elles utilisent les mêmes ressources ? C’est la question que se posent d’autres chercheurs, qui étudient comment la Mésange bleue et la Mésange charbonnière, toutes deux amatrices de chenilles, parviennent à se partager les ressources sur un même arbre.
Le chercheur en écologie peut encore étudier les liens étroits forgés au cours du temps entre les figuiers et les guêpes qui assurent leur pollinisation, observer les relations entre une tortue et ses poissons nettoyeurs, ou encore chercher à comprendre comment les vers de terre transforment le sol et influencent les plantes qui peuvent s’y développer.
Quand on fait de l’écologie, c’est comme si on dézoomait sur les espèces que l’on étudie. On découvre qu’au-delà de leur diversité propre, les espèces sont liées entre elles par une multitude de relations.
Prenons un exemple, et considérons une espèce d’insecte. En biologie, on peut s’attacher à comprendre le fonctionnement de son corps, les processus physiologiques lui permettant de digérer de la nourriture, ou encore étudier sa vision. Mais l’insecte n’est pas isolé du reste du monde ! Il peut polliniser une fleur, servir de nourriture à un oiseau, lui-même consommer d’autres insectes, décomposer de la matière ou transporter des graines. Contrairement à ce que l’on pense parfois, un insecte n’est pas inutile (oui, oui, même les moustiques !), et il a d’énormes rôles dans les écosystèmes.
De même, une plante offre parfois un abri, de la nourriture, de l’ombre, un lieu de reproduction... Le vivant est un immense réseau d’interactions, que les écologues et les curieux de nature peuvent se donner la joie d’explorer à l’infini !
Mais alors comment en sommes-nous arrivés à utiliser le même mot pour parler de deux choses différentes, d’un côté une science et de l’autre, un ensemble de pratiques humaines ? Eh bien parce qu’au fil du XXe siècle, et plus particulièrement à partir des années 1960 et 1970 avec la montée des préoccupations environnementales, le mot « écologie » a été repris et on lui a attribué une seconde signification dans le langage courant. Il ne désigne plus seulement une discipline scientifique, mais aussi un courant de pensée.
Les deux sens restent liés, car l’écologie au sens courant de pensée s’appuie très souvent sur des résultats issus de l’écologie scientifique. Grâce à la recherche en écologie, on comprend mieux les conséquences de nos activités sur la nature, et on peut faire le choix de solutions plus respectueuses des milieux naturels. On modifie alors nos gestes pour limiter nos impacts, et ainsi, on pourrait dire que l’écologie scientifique mène vers l’écologie du quotidien.
Un joli plat végétarien prêt à être consommé ! Photo de Getty Images sur Unsplash.
La confusion entre ces deux significations est néanmoins très présente dans notre société. Je m’en suis particulièrement rendu compte au cours d’une conversation avec un proche. Je lui parlais de mon envie de transmettre des connaissances en écologie. De son côté, il s’attendait plutôt à ce que je parle du mode de vie “écolo”, avec certains comportements bien ciblés: devenir végétarien, modifier ses habitudes de consommation, réduire et trier ses déchets. Et en discutant, j’ai fini par comprendre que, pour lui, l’écologie n’était pas vraiment une science. Le mot évoquait avant tout des convictions et une manière de vivre.
Je comprends complètement que l’on puisse faire l’amalgame. Nous entendons beaucoup plus souvent parler de transition écologique, de produits écologiques ou de gestes écologiques que d’écologie en tant que discipline scientifique.
L’écologie est une science : elle teste des hypothèses à partir de données de terrain, d’expérimentations et de modèles statistiques robustes. Photo de Enayet Raheem sur Unsplash
“Et alors? Cela a t-il vraiment de l’importance?”
me direz-vous.
Eh bien, oui, cela a de l’importance, car ces deux écologies ne traitent pas forcément des mêmes sujets, mais surtout, n’ont pas les mêmes fondements.
L’écologie en tant que science est le fruit de recherches scientifiques poussées, démontrées à l’aide de méthodes vérifiables par des chercheurs, et publiées après un long processus de vérification des résultats.
Ce processus donne de la crédibilité et du poids aux notions d’écologie scientifique, qui ne peuvent pas être réduites à un courant de pensées.
La distinction est absolument fondamentale.
Avec la Blob Académie, c’est ce sens premier de l’écologie qui est au cœur de mes animations. Les séances sont préparées avec toute ma rigueur de scientifique, et basées sur les résultats publiés par les chercheurs du domaine. Et les interactions entre les espèces et avec leur environnement sont au cœur des apprentissages. Je suis persuadée que la compréhension des interactions tissées par le vivant peut changer notre manière de regarder la nature.
Dire à un enfant qu’il faut protéger les insectes est une chose, mais lui montrer :
qu’un insecte peut aider à une plante à se reproduire par pollinisation,
que la plante nourrit ensuite d’autres animaux,
que l’insecte lui-même peut être indispensable à la survie de jeunes oisillons,
ou encore que ces oisillons participeront à disperser les graines d’arbres fruitiers que nous consommons, en est une autre.
Quand on donne des éléments à l’enfant pour qu’il comprenne pourquoi cette protection peut avoir du sens, on a beaucoup plus de chances qu’il y adhère !
Une enfant observe la faune dans les herbes. Photo de Getty Images sur Unsplash
Travailler sur les interactions en écologie amène les enfants à aller plus loin dans leur raisonnement, à relier les phénomènes entre eux et à comprendre qu’une variation dans la nature peut entraîner toute une série de conséquences. J’aime l’idée qu’ils puissent se demander : “Mais alors, si cet animal se déplace vers une autre région, qu’est-ce qui se passe pour les autres espèces ?” ou “Et si cette espèce n’est pas prédatée, est-ce qu’elle va se répandre? Ou au contraire décliner? Et qu’arrivera-t-il aux espèces dont elle se nourrit?”.
Mon plus grand souhait est que les enfants apprennent à faire des liens entre ce qu’ils observent dans la nature, à se poser des questions et à développer peu à peu leur esprit critique en écologie. Si mes animations peuvent contribuer à faire naître cette façon de regarder le vivant, alors j’en serais vraiment ravie.
Ainsi, bien que les animations de La Blob Académie apportent des pistes pour agir et protéger la nature à notre échelle individuelle, j’ai à cœur que ces pistes arrivent après une réflexion active des enfants, nourrie par l’observation, la curiosité, les questionnements, les expérimentations, et la découverte des relations entre les espèces et leur milieu. J’aimerais qu’avant de chercher à protéger le vivant, les enfants apprennent d’abord à le comprendre, à percevoir les liens qui le traversent et, peu à peu, à avoir envie d’en prendre soin.
Delphine, de la Blob Académie.
Références
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Cerqueira, D., De Sousa, B., Gabrion, C., Giraudoux, P., Quéré, J. P., & Delattre, P. (2006). Cyclic changes in the population structure and reproductive pattern of the water vole, Arvicola terrestris Linnaeus, 1758. Mammalian Biology, 71(4), 193-202.
Kjellberg, F., Gouyon, P. H., Ibrahim, M., Raymond, M., & Valdeyron, G. (1987). The stability of the symbiosis between dioecious figs and their pollinators: a study of Ficus carica L. and Blastophaga psenes L. Evolution, 41(4), 693-704.
Stenseth, N. C., et al. (2015). Testing for effects of climate change on competitive relationships and coexistence between two bird species. Proceedings of the Royal Society B, 282, 20141958.
Tirard, C., Abbadie, L., & Loeuille, N. (2021). Introduction à l'écologie. Dunod.

